28.11.10

Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire


"La nécessité de préserver la diversité des cultures dans un monde menacé par la monotonie et l'uniformité n'a certes pas échappé aux institution internationales. Elles comprennent aussi qu'il ne suffira pas, pour atteindre ce but, de choyer des traditions locales et d'accorder un répit au temps révolu. C'est le fait de la diversité qui doit être sauvé, et non le contenu historique que chaque époque lui a donné, et qu'aucune ne saurait perpétuer au-delà d'elle-même.
Il faut donc écouter le blé qui lève, encourager les potentialités secrètes, éveiller toutes les vocations à vivre ensemble que l'Histoire tient en réserve; il faut aussi être prêt à envisager sans surprise, sans répugnance et sans révolte que toutes ces nouvelles formes sociales d'expression ne pourront manquer d'offrir d'inusité.
La tolérance n'est pas une position contemplative, dispensant les indulgences à ce qui fut ou à ce qui est. C'est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à comprendre et à promouvoir ce qui veut être. La diversité des cultures humaines est derrière nous, autour de nous et devant nous. La seule exigence que nous puissions faire valoir à son endroit (créatrice pour chaque individu de devoirs correspondants) est qu'elle se réalise sous des formes dont chacune soit une contribution à la plus grande générosité des autres. "

25.11.10

A la lumière des tuyaux tordus


Morceaux choisis du fanzine Blonde, Brune, Amère, trouvé au bord d'une table, au Murmure, bar du quartier Flagey, à Bruxelles.



"Qu'ils soient sorciers, poètes, humbles aspirants souffleurs, les derniers parleurs authentiques font de plus en plus figure de parias, de parasites anti-marchands. Sans vague, mais implacablement, tout sera mis en oeuvre pour les dévoyer, leur faire passer le goût de l'ouïe, des voyances et voyages, ou des grands raids intérieurs. Ils iront assourdis, gavés d'hymnes au plaisir, et gavés de vents vides."
Antoine Wauters, in Debout sur la langue



Illustration de Nicolas


Brèves de comptoir

"Je ferai mieux d'aller voir un peu plus d'expos au lieu de faire les poubelles tout le temps"
La jeune femme aux robes


"Je sais pas, je vais voir... si dans six mois j'ai pas de femme, je m'achète un chien."

"Vaut mieux faire des plans sur la comète que des cons sur la planète."

15.11.10

Il ne restera rien- Les Ogres de Barback




Il ne restera rien, tout est vécu en vain
Vous pouvez partir tard
Ou bien mourir demain
Vous pouvez boire de l'eau
Vous pouvez boire du vin

La vie est ainsi faites
Et lorsque tous s'arrête
Plus rien de nos bazars
Plus rien de nos conquêtes
Plus rien des idéaux
Plus rien des idées bêtes

Pas plus que de trésors
Plus rien de notre corps
Ni haine ni regard
Ni regrets ni remords
Que l'on soit mort idiot
Intelligent ou fort

Plus une trace de vous
Millionnaires ou sans sous
Le blabla les dollars
La couleur ou le goût
Disparaitront si tôt
Quand disparaitra tout

Sans raison sans morale
Ni le bien ni le mal
Le néant le trou noir
Il ne restera que dalle
Si le rien est un sot
Le tout est son égal

Même si l'on a tout vu
Même si l'on a rien su
Si l'on a voulu croire
Craignant d'être déçus
Si l'on a cru le beau
Ou si l'on a rien cru

Il ne restera rien
Et ne prend pas ma main
Il ne restera rien
On peut partir demain

On implore le soleil
Et pour lui c'est pareil
Ça peut faire des milliards
D'années qu'il s'émerveille
Pour lui aussi banco
Le jour la mise en veille

Puis on crie à la lune
Elle ne nous répond qu'une
Explication barbare
Nous savons que chacune
Ou chacun sans cadeau
Va vivre pour des prunes

Si j'ai grandi sans foi
Si j'ai vécu sans loi
Si je garde l'espoir
De finir avec toi
Mon rêve un jour se clôt
Tout se terre, tout s'en va

On fait voeu d'abstinence
Ou se nourrit d'outrance
On vit dans le hasard
On prévoit tout d'avance
On est froid on est chaud
On a peur ou confiance

On passe des années
À se chercher paumés
On se sort du brouillard
On se voit entouré
On comprend le coeur gros
Que tout vas s'oublier

Puis le temps d'un sourire
On aperçoit le pire
Celui qui sans égard
Nous emmènes à vieillir
C'est le temps d'un sanglot
C'est le temps d'en finir
Il ne restera rien
Et ne prend pas ma main
Il ne restera rien
On peut mourir demain
Il ne restera rien
Et ne prend pas mes mains
Il ne restera rien
On va crever demain

Et un jour tout finit
Même l'infini s'enfuit
On vit ici on part ailleurs
On s'en soucie
On a vrai on a faux
On l'admet puis on nie

Il ne restera rien
Si vous écoutez bien
Ces messieurs dames l'histoire
C'est en tous cas la fin
D'une chanson dont bientôt
Il ne restera rien

23.10.10

Charles Lewinsky, Melnitz


"Après, [...] cet après qui était toujours un avant, car le nouveau désir se réveillait déjà à peine le précédent était-il assouvi. Après, quand ils reprenaient leur souffle et que leurs coeurs cessaient de battre la chamade comme s'ils avaient gravi une cime, et c'était bien une cime, à chaque fois, une chaîne de montagnes impraticable qui vous effraie et pourtant vous attire irrésistiblement, qu'il faut explorer et conquérir, toujours différente et toujours plus familière, avec des sentiers qu'on voudrait arpenter de nouveau, encore et encore, s'il n'y avait la crainte de se trouver à bout de forces avant d'en avoir exploré d'autres, plus attirants encore.

Après, lorsque les yeux ne voudraient pas se rouvrir, comme l'on cherche à prolonger un rêve tout en sachant qu'on ne le fera pas revenir, pas jusqu'à la prochaine fois, où il sera différent, encore plus beau, plus énigmatique, plus dangereux.

Après, lorsque, sur la peau, le fin duvet est encore en charge, jette des étincelles sous le frôlement des doigts- pas plus loin! pas maintenant! pas encore- après, quand déjà le quotidien s'infiltre à travers les volets clos, avec son odeur fade, cette nauséabonde odeur de la réalité que l'on avait masquée pendant quelques minutes sans la chasser vraiment, quand la spontanéité les lâchait comme un manteau mal cousu, que la nudité redevenait nudité et non plus libération.

Après, quand ils se redressaient et demeuraient ainsi quelques secondes parce qu'ils n'étaient pas encore sûrs de tenir en équilibre, après, quand ils étaient assis côte à côte, jambes ballantes, comme si le lit était un rivage, et la réalité une eau froide où ils devaient sauter -pas encore! de grâce, pas encore!-

Après, quand c'était terminé et que déjà montait en eux cette légère déception inhérente au bonheur comme le vieillissement à la vie, après, quand le temps s'immobilisait et pourtant devait reprendre son cours..."

18.10.10

Sanguijuela




La journée avait été torride. Les lingères n’avaient de cesse de replonger les draps dans les bacs d’eau claire avant que la chaleur ne sèche le savon en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Les travailleurs des champs avaient nourri le blé de leur sueur, cette sueur qui donne à la bière le gout âpre que tout le monde lui connaissait ici. Les cheveux se collaient dans les nuques, et sous les aisselles velues, des gouttes perlaient pour former des auréoles trempées, sur les chemises et les robes. Les enfants s’étaient promenés nus jusqu’à ce que, à la tombée du jour, la première ombre de la nuit rafraîchisse leur peau cuite par le soleil.

Et lui, toute la journée, il avait peint. Il avait posé son chevalet, celui qu’il avait acheté en France, sa palette et ses huiles devant la place centrale, et de maints gestes répétés, avait peint. Il peignait comme personne, ajoutant parfois un éclat d’orage au ciel, de l’énergie dans le battement d’ailes d’un oiseau, un éclat de colère dans l’œil d’une vieillarde. Mais ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était les autoportraits. Alors, toute cette journée torride sur la place, il la passa à se peindre. Il se peignit noyé dans une foule. Il se peignit observant cette foule dansante, sautillante, bousculante. Il n’était certes qu’un détail du tableau, mais un détail qui lui pris l’après-midi entière, tant et si bien qu’il ne la vit pas passer derrière son chevalet, le caressant de ses mains légères, remplissant son gobelet d’orangeade ou de bière fraîche. Il ne vit pas le balancement de ses hanches, les ondulations noires de ses cheveux, n’entendit pas le froissement de tissu de sa jupe. Il ne la voyait plus.

Et pourtant, elle la soignait, son orangeade. Elle la préparait exprès pour lui, son peintre, son artiste à elle, et y ajoutait toujours la dose parfait de rhum, pour que l’ivresse ne soit que créatrice. Elle venait, puis repartait, respirait un peu l’odeur de son cou, la chaleur de son dos, et repartait. Elle l’aidait dans son œuvre, s’effaçait derrière l’œuvre, la respectait comme on respecte un ancêtre.
Mais voilà. Aujourd’hui, il avait fait trop chaud. Le soleil l’énervait. Elle ne le supportait pas. Il lui donnait trop chaud, rendait sa chevelure trop lourde. Elle qui aimait tant marcher pieds nus, la terre avait été si brûlante aujourd’hui qu’elle avait dû mettre des chaussures qui lui enserraient la cheville, lui faisaient mal aux orteils. Les épaisseurs de sa longue jupe se collaient à ses cuisses et cela l’agaçait prodigieusement. Et, à chaque aller et retour vers la place, entre deux corvées, elle était éblouie par la blancheur de la toile de l’homme, appliqué sur deux centimètres carrés depuis le début de l’après midi. Et puis, tout compte, cela faisait tant d’après midi que cela durait. Elle avait essayé, pourtant, de s’en détacher. elle aurait voulu le perdre. Se réveiller un matin, ouvrir un œil puis deux, retourner les draps, éventrer les oreillers, et ne plus le trouver.
Mais il était toujours là, dans un coin de sa chambre, dans l’odeur de ses draps, l’attendant au coin de la rue, dans un sourire, une exclamation, une image. Il lui collait à la peau comme la poisse sur la bouche d’un bébé.

Alors, il fallait de la violence. Sa mère lui avait toujours dit « les hommes, on les arrache de sa peau comme des sangsues. » Et lorsqu’elle évoquait la douleur et la cicatrice d’une morsure de sangsue, elle lui répondait simplement qu’elle les lui avait toujours guéri.
Ce soir, d’un grand coup sec, en emportant peut-être au passage des morceaux de sa chair, elle arracherait la sangsue.

L’orchestre s’était rassemblé sur la place. Dans la moiteur du soir tombant, tout le village s’était réuni sur ses pavés, pour transpirer une dernière fois au son des guitares. Les mains pleines de cornes accordaient les instruments pendant qu’elle descendait un verre de vin à la verticale dans son cou délicat. Il lui fallait du courage pour aller jusqu’au champ de bataille. Ce soir, elle livrerait son dernier combat, et n’abandonnerait qu’une fois l’ennemi mordant la poussière.
Elle arborait son maquillage de guerrier, celui que l’on réserve aux combats mortels. Le khôl enflammait son regard, et le sang montant à son visage faisait rougeoyer ses joues. Elle avait mis sa grande jupe, celle de sa mère, celle qui renfermait des épaisseurs infinies de tissu, que l’on faisait claquer sur les cuisses et qui brûlait les yeux de ses couleurs. Une énorme fleur rouge décorait sa tignasse noire, qu’elle avait laissé tomber sur ses épaules, et couler le long de la cambrure de son dos.

Et lui, son peintre, était là, à n’y jeter aucun regard. Il était si sûr de la posséder. Ce soir, il l’aurait toute entière, comme tous les autres soirs. Et il trouvait ça normal.
Alors, quand elle commença à danser, sa seule réaction fût de bomber le torse et de se rengorger, sombre coq, assis sur son banc.
Mais quand, au son de l’accordéon, elle s’approcha de lui, il vit la lueur dans son regard. Une lueur qu’il ne lui avait jamais vu avant, une lueur qui lui fit détourner le regard.
Et les mains frappaient, les guitares chantaient, les accordéons et les violons hurlaient. Et elle dansait, rageusement, follement, sans s’arrêter. Elle s’abandonnait au rythme de la musique, frappait le sol avec ses pieds, comme pour écraser quelque chose. Elle tendait ses bras vers le ciel, puis les jetait vers le sol, et piétinait tout cela avec une rage folle. La sueur perlait à son décolleté, à sa nuque, dans le creux de son dos. Habituellement, il aurait agrippé sa chevelure, comme il l’avait fait maintes fois auparavant, et collé son corps contre elle. Mais ce soir là, il ne bougea pas de son banc.

Elle dansait, elle tournait sur elle-même, et c’était un cri. C’était un hurlement. Son corps hurlait sa liberté. Et elle le regardait, lui, sur son banc, des traces de peintures sur sa chemise, et ce soir ne voyait plus la flamme qu’elle lui trouvait avant dans le regard. Elle arrachait la sangsue, et cela lui procurait un plaisir infini, sensuel, chaud, brûlant et rageur. Elle voulait éclater de rire, mais elle dansait si fort qu’elle ne pouvait que haleter, au rythme des tambourins. Son souffle était court, il était chaud. La moiteur de la nuit était son amante, faisant tourner son corps dans une étreinte enivrante.

Et lui, peintre sans pinceau, regardait tout cela, impuissant, sans rien comprendre à l’affaire, sans pouvoir bouger un seul de ses membres. Et quand le crachat de la jeune fille en flammes s’écrasa à deux centimètres de ses chaussures tachées d’huile, il ne put que l’observer, pour la voir ensuite, en relevant la tête, s’éloigner en courant.

Elle avait arraché la sangsue, et il fallait alors désinfecter tout ça, « à grand coups de rhum », comme disait sa mère.

3.10.10

Poètes de service à la gâchette





Léo Ferré, "Des armes"


Il pleut des cordes, ce soir. Des cordes, et c'est presque pas une image. Les gouttes se collent entrent elles, font la course à celle qui viendra la première s'écraser avec fracas sur le bitume glacé.


Des armes, des chouettes, des brillantes
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes


Un sourire, un mot, une démarche assurée. Un poignard, une étreinte, une religion. Entre nos quatre murs, sur nos cartons, derrière nos paupières closes, nous nettoyons nos armes.

Il éructe ces vers comme on marmonne des phrases sans sens quand les verres passés se font un peu trop nombreux.

Et l'ombre du chevelu plane, son sourire se dessine dans les gouttes, dans les reflets des réverbères de la rue éternellement déserte.

Des armes bleues comme la terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère


Et moi, ni dehors, ni dedans, j'ouvre le maximum de mes oreilles à moitié sourdes, pour n'en perdre une miette. J'ai comme l'impression que Le Chevelu parle des souvenirs là, non?

Des souvenirs, ceux qui restent et ceux qu'on finira par oublier. Ceux qui nous lacèrent le coeur autant qu'on les rappelle. Ceux dont on ne parle pas. Et ça me collerait presque des frissons, putain.


Des armes, au secret des jours
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures
Et qui mettent la poésie dans les discours

Des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette


Deux vers, chantés comme pour la dernière fois, criés dans un sanglot. Ni trop peu, ni trop.


Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français brillant comme une larme



Well, ok... on doit se sentir comment après ça? Genre, merdique ou un truc du style? Parce que si c'est ça, bravo ça marche mec, on se sent tous cons. On est là, nous, avec nos ptites névroses, notre style brouillon, notre jeunesse qui transparait, et toi, tranquille, tu nous assène un bordel pareil? C'est pas sport, franchement.

Je n'ai sûrement pas compris la signification de ce poème, ou alors de travers. Et alors? Que celui qui le prétend s'avance, « le ventre à hauteur de canon » comme dirait mon ami Breton.


Allez, la prochaine fois je publie un truc marrant, ok? QUI VEUT UNE HISTOIRE DE TOTO, QUI?


21.9.10






L’hiver 1954. Le long de l’interminable digue, la glace emprisonne les grains de sable, pour ne les libérer qu’un mois plus tard. L’espace d’un mois, le temps se fige. Les traces de pas sur les dalles de béton, les bâtons de sucette que l’on a, intentionnellement ou non, laissés tomber près des bancs. Les échoppes du bord de mer sont toutes fermées, et l’on croirait alors une longue succession de cabanes de jardin déposées là au hasard, et auxquelles on aurait oublié de poser des portes et des fenêtres. Les mouettes, folles, cherchent un abri parmi les marécages gelés. Les bateaux sont pris aux piège dans la glace salée de la mer du nord. Tous les jours, on se saigne, à tenter de faire bouger les coques vides. Sans succès. L’épaisse couche de glace enserre les barques sans leur donner un espoir de s’échapper.
On souffle entre ses mains rougies pour tenter de les réchauffer. Les jointures blanches semblent découper les doigts en plusieurs petits tronçons de viande morte.
La ville est glacée, immobile, recouverte d’un manteau de neige blanche qui endort pour un temps les rues et les trottoirs.
Elle vient tout juste d’avoir 14 ans, quelques mois avant que le temps n’arrête sa course folle. Peut-être est-ce pour cela, que plus de 50 ans après, la lumière qui éclairera ses yeux azur sera la même que celle de son adolescence.
Le vent glacial fige ses boucles blondes. Son bonnet de laine n’a de cesse de tomber sur le sol hivernal tant elle sautille, tant elle court, tant elle danse sur la glace, faisant glisser ses souliers de cuir en une valse enragée. Et elle claque des mains, et elle chante. Elle chante pour que les âmes endormies au balcon l’entendent, elle chante pour percer un trou dans le plafond grisâtre du ciel. Elle rit aux éclats, et son rire rebondit sur chaque façade du boulevard. Il s’accroche à l’épée d’un corsaire, il se colle sur les casquettes des dockers, les ménagères n’en peuvent plus leurs oreilles.
Elle court, elle court le plus vite que ses jambes lui permettent. Elle doit arriver à la digue avant que le soleil n’ait fait fondre cette pause temporelle.
Plus tard, elle portera un béret, et on l’écoutera, elle qui fait tant de bruit. Même les regards dédaigneux s’arrêteront quelques instants sur sa chevelure blonde. Elle leur criera la vérité, et ils déposeront à ses pieds des provisions jusqu’à en faire craquer les pavés, qu’elle lancera à grand renfort de bras à ceux qui n’en ont pas. Elle couvrira la marmaille de sucreries jusqu’à ce qu’ils en aient mal au bide.

16.9.10

Jacques Brel- Ces gens là



Je me suis longtemps demandé comment certains artistes se démerdaient pour que leurs chansons sonnent toujours actuelles...




http://www.flickr.com/photos/fabwillalexander/sets/72157624327058801/show/

A coupler avec ça.






Images du diaporama: Fab William Alexander

6.9.10

John Fante- Ask the Dust


Et c'est déjà un crime de ne citer que ça...


"Assassin ou barman, barman ou écrivain, qu'importe : son sort était le sort de tous, sa fin ma fin ; et ce soir dans cette cité de fenêtres éteintes il s'en trouvait des millions comme lui et comme moi, aussi impossibles à différencier que des brins d'herbe mourante. C'était déjà assez dur comme ça de vivre, mais mourir c'était la tâche suprême."


"Je suis sorti faire un tour en ville. Bon Dieu, voilà que je remettais ça, traîner la savate dans les rues. Je regardais les gueules autour de moi, et je savais que la mienne était pareille. Des tronches vidées de leur sang, des mines pincées, soucieuses, paumées. Des tronches comme des fleurs arrachées de leurs racines et fourrées dans un joli vase ; les couleurs ne duraient pas bien longtemps."



"Là-dessus tu as sorti une bouteille de ton sac et on a bu ça ; ton tour d’abord, ensuite le mien. Quand il n’y a plus rien eu dans la bouteille je suis descendu en acheter une autre au drugstore, mais une grande cette fois. Toute la nuit on a bu et pleuré, et ivre je pouvais dire les choses qui bouillonnaient dans mon cœur, tous ces chouettes mots, toutes les fines comparaisons, parce que toi c’est sur l’autre mec que tu pleurais et tu n’entendais rien de ce que je racontais ; mais moi je les entendais, et je peux te dire qu’Arturo Bandini était plutôt bon cette nuit-là, parce qu’il parlait à son seul amour, et ce n’était ni à toi ni à Vera Rivken qu’il parlait, tu comprends, mais juste à son amour. Ah j’en ai dit des belles choses cette nuit-là, Camilla. A genoux à côté de toi sur le lit, je te tenais la main en disant : « Camilla, pauvre petite, perdue et tout ça ! Desserre tes doigts fins et rends-moi mon âme lasse ! Embrasse-moi sur la bouche que je me rassasie du pain d’une colline mexicaine. Souffle le parfum des cités perdues dans mes narines enfiévrées et laisse-moi mourir ici, la main sur la douceur de ta gorge, blanche comme une plage du sud à moitié oubliée. Viens puiser le désir dans ces yeux malades et jette-le aux moineaux solitaires dans quelques champs de maïs, parce que je t’aime, Camilla, et ton nom m’est sacré comme celui d’une princesse très brave se mourant d’amour avec le sourire, pour quelqu’un qui ne le lui rendrait jamais. "


"Je n’ai pas lu Lénine mais je l’ai entendu cité des tas de fois, la religion c’est l’opium du peuple. Et c’est bien ce que je me dis tout haut sur les marches de l’église : ouais, l’opium du peuple, parfaitement. Je suis athée, moi qui vous cause : j’ai lu l’Antéchrist, que je considère comme une œuvre capitale. Je crois au réexamen des valeurs, parfaitement, oui Monsieur. L’Eglise doit disparaître, c’est le refuge de la booboisie, c’est badernes et butors et compagnie, tous fumistes et bachibouzouks. "



"Peur de personne, d’aucun homme au monde, mais alors par exemple une peur bleue de traverser le Tunnel à pied, celui de la Troisième Rue. Claustrophobie. Et peur de l’altitude aussi, peur du sang et des tremblements de terre ; à part ça, plutôt brave, peur de rien sauf de la mort, sauf de la foule, de l’appendicite, des troubles cardiaques, oui, même de ça : tout le temps dans ma chambre, réveil en main, doigt sur la jugulaire, à me compter les battements de cœur, à épier les bruits suspects et sonder les gargouillis au fond de mon estomac. A part ça, comme j’ai dit, plutôt téméraire. "

26.8.10

Gabriel García Márquez- El Otoño del Patriarca


" Après onze heures seulement, il réussissait à surmonter le chavirement du petit matin pour affronter les hasards de la réalité. Autrefois, à l'époque de l'occupation des marines, il s'enfermait dans son bureau pour décider du destin de la patrie avec le commandant des troupes du débarquement et il signait toutes sortes de lois et d'arrêtés en appuyant son pouce sur le papier, car il ne savait alors ni lire ni écrire,mais quand on le laissa à nouveau seul avec la patrie et le pouvoir il ne voulut plus se faire de bile pour la loi écrite qui est une belle connerie et il se mit à gouverner de vive voix et en personne à toute heure et partout, révélant une parcimonie cavernaire mais aussi une diligence inimaginable chez un homme de son âge [...] il résolvait affaires d'Etat et problèmes domestiques avec la même simplicité qu'il ordonnait enlevez moi cette porte d'ici et mettez-la là, retardez l'horloge qu'elle ne sonne pas midi à midi mais à deux heures pour que la vie paraisse plus longue..."

16.8.10

Au détour d'une rue, Lille moulins.


Elle est assise, les jambes écartées,
les bras pendants, et la matière
brillante de sa robe qui retombe
flasque
sur ses seins rebondis
donne à voir un semblant de poupée.
un semblant de femme.
sa peau grise trahit une détresse impénétrable, un vide insondable.
son cou tendu expose sa tète ronde
ses sourcils relevés donnent
à son regard une lueur de surprise
éteinte, quelque chose comme
l'étonnement de la danseuse qui vient
de s'écraser au sol.


"Le vide, c'est l'humanité entière [moins les chiens]"



26.7.10

Run with the hunted- Charles Bukowski


" Un vieil homme m'a demandé une cigarette
et m'a raconté ses ennuis
et voici
ce qu'il a dit:
que cette Epoque était un crime
que la Pitié ramassait les billes
et que la Haine ramassait la monnaie."

"Il perçoit la haine et le mépris du monde, plus tranchants que son rasoir, ce qui lui ronge le ventre comme un polype mouillé; et il se décrète vaincu cependant qu'il essaie de débarasser son rasoir des poils en le secouant dans l'eau (comme la vie) pas assez chaude."

"voici:
pas trop de gueules de bois
pas trop de bagarres avec les femmes
pas trop de pneus crevés
jamais une pensée de suicide

pas plus de trois rages de dents
jamais un repas sauté
jamais de prison
jamais amoureux

sept paires de chaussures

un fils à l'université

une voiture d'un an

des polices d'assurance

une pelouse très verte

des poubelles bien fermées

il sera élu."

Présentation

Déjà que j'ai cherché trois heures un nom pour ce blog, donc tu m'excuseras le peu d'originalité du titre de l'article.
Voilà, le concept, ça serait un genre de truc ou je posterais tout ce qui m'a touché, ou inspiré d'une manière ou d'une autre, que j'aurais trouvé dans un livre, dans un film, ou simplement dans le métro ou au détour d'une conversation.
Toutes les participations seront les bienvenues, le but c'est d'apprendre un max. Envoyez moi juste un petit mail (averagecabbage@hotmail.fr) et voilà.
Bonne lecture